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Concluding speech of Back-to-School webinar

Back-to-school webinar, 14 September 2020

Conclusion from the co-chairs of the COFACE Platform on the Rights of Persons with Disabilities and their families, Chantal Bruno, (APF France Handicap) and Sylvie Hirtz (APEMH)

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Sylvie Hirtz : Nous avons fait le choix pour ce séminaire interactif de solliciter des intervenants très différents pour essayer de balayer et de comprendre  l’ensemble des situations différentes dans les systèmes éducatifs nationaux, ainsi que de rassembler, pour la 2ème session, des intervenants garants des droits de tous les citoyens en Europe y compris les personnes handicapées.

L’’inclusion des enfants handicapés est conforme à la Convention des Nations Unies sur les droits des personnes handicapées, signée par l’UE et tous ses États membres, et constitue un élément fondamental de la mise en œuvre de l’objectif 4 du développement durable sur l’accès à l’éducation.

Cette réunion collaborative et interactive est également, de par sa forme un exemple de bonne pratique permettant de rendre visibles des éléments probants sur l’éducation inclusive au niveau national. La collecte de données quantitative et qualitative est un des éléments prioritaires qui pourra faire avancer le processus d’inclusion en montrant l’efficacité des systèmes éducatifs transformés. Il apparait également à travers ces expériences qu’une même stratégie n’a pas été nécessairement privilégiée pour réaliser cette transformation inclusive à un niveau local.

Chantal Bruno : De mon point de vue de parent qui a un enfant handicapé et qui côtoie de nombreux parents dans la même situation, je dirai qu’aujourd’hui, l’exclusion et la discrimination sont des réalités pour de nombreux élèves, étudiants ou apprentis en situation de handicap. Je dirai qu’il est urgent de donner la possibilité à chacun d’eux d’avoir une place dans la société et un avenir en passant par une éducation et des formations inclusives.

Ce droit à l’éducation doit être respecté par les Etats qui doivent faire en sorte que leur système éducatif puisse permettre aux enfants en situation de handicap d’accéder au système d’enseignement général en bénéficiant d’aménagements et de mesures d’accompagnement répondant à leurs besoins.

Au cours de cette matinée, nous avons beaucoup entendu parler de l’éducation inclusive, et nous espérons que vous avez tous maintenant une idée plus claire de ce qu’elle implique et de la différence entre intégration et inclusion. Nous avons vu comment l’intégration demande aux apprenants de s’adapter et de suivre un cursus ordinaire dans un environnement qui comporte des obstacles, et qui ne tient pas compte de leurs différences.

Comme dans l’exemple de Noan, 12 ans, qui nous dit : « Moi quand j’ai commencé dans une école normale, ça s’est très mal passé. Dans la classe, la maîtresse allait très vite, j’arrivais pas à suivre, à écrire et ça a commencé aussi en récréation à me taper, à dire “pourquoi t’es handicapé”,

Nous ne voulons pas cela pour nos enfants. Nous ne voulons pas qu’ils aient un sentiment d’échec, ni celui de ne pas se sentir capable ou de ne pas être à la hauteur et qu’ils perdent leur estime d’eux mêmes. Nous ne voulons pas qu’ils souffrent de discrimination.

Pour cela, nous souhaitons une éducation inclusive, qui, elle, ne laisse personne sur le côté nous voulons une école qui s’adapte pour apporter des réponses humaines, pédagogiques, techniques selon les besoins. Evidemment, cela exige une transformation structurelle du système éducatif  pour l’accès, la participation pleine et effective et la réussite de tous les élèves.

Sylvie Hirtz : Tout à fait. En mettant l’accent sur des valeurs d’équité, l’inclusion doit être vue plutôt comme un processus de transformation de l’école qui amène à trouver des solutions pour tous les élèves et non uniquement comme une forme d’instruction adaptée aux élèves avec besoins particuliers.

Ici, je peux vous rapporter l’exemple de provenance du Luxembourg. Depuis 2016, nous avons adopté le modèle inclusif en réformant l’ensemble du système éducatif en opérant également un changement de paradigme dans la politique éducative.

Le dispositif de qualité pédagogique destiné aux structures d’accueil de la petite enfance avant l’entrée à l’école s’est donné les moyens d’imposer un cadre de référence nationale reprenant 4 principes pédagogiques généraux, pour créer un environnement d’apprentissage pour tous dès la naissance : individualisation et différenciation, Diversité, inclusion, multilinguisme.

Pour s’assurer que ce modèle prenne ancrage il est assorti :

  • de mesures financières,
  • de formation obligatoire,
  • de professionnels spécialisés sur inclusion et multilinguisme ;
  • d’un centre ressource en pédagogie inclusive initié par notre association pour permettre l’accueil de tous ;
  • De la gratuité d’accès à la structure pour les parents jusqu’à 20h par semaine ;
  • Des agents chargés de soutenir et de suivre la mise en œuvre de ces mesures.

Ce système éducatif inclusif nécessite des professionnels hautement qualifiés, soutenus et qui doivent avoir un sentiment de compétence, des professionnels formés sur des valeurs d’équité, de collaboration et de partenariat. Des professionnels formés ou oserai-je dire « trans-formés » car comme le dit Stiker « la connaissance acquise dans l’espace spécialisé a été transférée dans l’espace commun

Il est important de souligner que l’éducation inclusive ne bénéficie pas seulement aux enfants handicapés et à leurs familles, mais qu’elle est un outil permettant aux communautés, aux structures et aux systèmes de lutter contre la discrimination et les stéréotypes, de reconnaître la diversité, de promouvoir la participation et de surmonter les obstacles à l’apprentissage pour tous.  L’inclusion suppose que nous soyons persuadés que tout enfant contribue à sa façon au monde dans lequel il vit.

Chantal Bruno : Les familles, que nous représentons au sein de notre organisation, sont un acteur très important dans la réalisation de l’éducation inclusive, elles doivent en comprendre le concept et les avantages. En outre, la participation des parents d’enfants handicapés à leur éducation est cruciale pour le développement positif des enfants.

Pendant très longtemps, et encore parfois aujourd’hui, les seules réponses apportées à nos enfants handicapés et aux demandes des familles ont été des structures d’accueil collectif où se pratiquait,  à part des autres, parfois une éducation spécialisée, mais où parfois rien ne se passait….

Un environnement qui, certes, se voulait protecteur, mais qui, de fait retirait nos enfants de la vie de la cité et bien souvent de leur propre famille et des autres enfants. Voilà qui contrevenait, qui contrevient toujours, aux droits des enfants de vivre avec les autres et en famille et au droit de l’accès à une éducation. Cela est pourtant, hélas, la réalité nationale de trois pays de l’UE où la situation a été quelque peu approfondie.

C’est que, penser et faire l’inclusion suppose d’interroger en profondeur les attitudes mais aussi les pratiques, à tous les niveaux. Elle suppose que chacun des acteurs soit convaincu que c’est possible. Nous l’avons vu, l’un des premiers obstacles est celui des préjugés : du corps médical, des enseignants, des éducateurs, de la société, des familles elles-mêmes et des décideurs politiques….

Tout le monde doit être persuadé que tous les enfants apprennent. Par l’étude bien sûr mais aussi par l’observation, en communiquant, en échangeant, en imitant, en écoutant, en étant là parmi les autres, avec les autres. L’école participe à la construction de son identité et de son estime de soi. Elle est un lieu du vivre ensemble qui suppose la tolérance vis-à-vis des différences et des particularités de toutes sortes.

La famille est la première instance de socialisation, l’école est la seconde, et elle est la première communauté en dehors de la famille qui s’offre à tout enfant : alors, si un  enfant en est exclu dès le départ, qu’en sera-t-il lorsqu’il sera adolescent puis adulte ? Qu’en est-il d’une société qui fait vivre des personnes à part ? Qu’en est-il du message que l’on fait passer ? N’est-il pas important que tous les enfants en situation de vulnérabilité puissent grandir avec les autres, puissent construire leur avenir, développer leur potentialité et bénéficier des mêmes opportunités que les tous enfants ?

Sylvie Hirtz: Les familles sont en effet un élément incontournable à différents niveaux. Première instance de socialisation comme dit précédemment, mais aussi premier éducateur pour les enfants et l’environnement au sein duquel, généralement, les enfants peuvent se réaliser pleinement et mener une vie épanouissante. Dans ces familles, il y a le plus souvent un aidant familial, que  nous avons décrit dans la charte européenne de l’aidant familial. Mère ou père, cet aidant est présent au côté de l’enfant handicapé pour lui apporter tous les soins et toutes les aides nécessaires et pour défendre ses droits. Il connait bien son enfant. Il faut s’assurer de sa participation et profiter de son expérience. Les familles et les aidants peuvent avoir besoin de soutien, le préambule de la Convention internationale le stipule.

On a vu comment la COVID19 a déclenché l’innovation et l’attention du public sur l’exclusion structurelle des enfants handicapés de l’éducation. Les gouvernements nationaux doivent se saisir de cette opportunité pour repenser et réorganiser l’éducation et de mettre enfin en œuvre une éducation inclusive. Tout cela doit s’accompagner d’une sensibilisation de tous sans oublier les parents d’élèves.

Porter une attention particulière aux enfants handicapés et à tout enfant en situation de vulnérabilité par une démarche inclusive doit être un projet de société. La convention peut donner du sens à ce travail et constitue une ardente obligation d’aborder les personnes handicapées par les droits de l’homme.

Avec nos recommandations, nous avons donné quelques indications aux États membres et à l’UE sur les actions clés nécessaires dans tous les aspects de l’environnement éducatif, depuis sa construction, ses classes, jusqu’aux méthodes d’enseignement et à la formation des enseignants, en passant par la participation des parents et des personnes qui s’occupent des enfants.

La plateforme  handicap de Coface et les organisations qui la composent savent que la réussite d’une éducation inclusive ne doit pas reposer sur les seules familles et sur l’école mais dépend aussi bien entendu de la disponibilité des services et au-delà bien évidemment d’une vision sociétale et politique. C’est pourquoi nous avons besoin de partenariats solides, que nous avons commencé à tester lors de notre deuxième panel, et que nous continuerons à encourager à l’avenir.

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